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LES ARCHIVES DU TRANSMETTEUR


Le Quartier Maître transmetteur Jean-Yves MULARD nous replonge dans le déroulement de la Campagne Mousson
au fil de ses archives soigneusement conservées avec son livre de bord depuis 32 ans.

Au fil du temps, il nous livre les télex envoyés à Cols Bleus qui les reprenait dans ses livraisons.

Les hasards et les bonheurs des recherches ont fait que le rédacteur de ces télex a été retrouvé, il s'agit
du commissaire François MAYOLY. Se serait-il douté que ses actes de bravoure épistolaires seraient
livrés à la planète entière au début du XXIème siècle ?

 

Jean-Yves MULARD
pianotant sur son télex au PC TELEC

(debouts, les QM René METZ et
PM Jean BELBEOCH. Nous sommes
toujours à la recherche de ce dernier)


28/04/74 30/04/74 09/05/74 17/05/74 23/05/74 01/06/74 08/06/74 16/06/74 22/06/74 29/06/74  
06/07/74 21/07/74 10/08/74 11/08/74 18/08/74 28/08/74 31/08/74 08/09/74 31/08/74    
                     

TELEX N°1
28 avril. Le 22 avril à 14 heures, le duquesne s'est lentement détaché de l'épi de laninon, salué par la Musique des Equipages de la Flotte, en présence d'une foule de parents et d'amis venus faire leurs adieux a ceux qui leur sont chers. Un beau soleil et le soulagement d'en avoir enfin fini avec les lourds préparatifs du départ tempéraient la mélancolie de cette séparation. La frégate glissait lentement vers la Pointe du Minou ou le dernier "carré"" s'était rassemblé : puis ce fut le large. Vers le soir, nous croisions "pen duik VI" qui, empêché de rallier Portsmouth par une nouvelle avarie de mâture, se hatait vers Brest malgré des vents contraires. La vie à bord s'est organisée peu à peu, rythmée par les changements de quart, les postes de combat, les alarmes incendie et exercices divers . . . de même, les distractions s'organisent : l'orchestre s'entraine fébrilement et promet d'être de qualité : le studio de télévision du bord, inauguré par le commandant lors d'une allocution à l'équipage, présente chaque soir un journal télévisé suivi d'un film : le sport n'est pas oublié. Enfin le programme des excursions à Dakar est offert à la curiosité et à l'impatience des futurs touristes que nous sommes. Cette curiosité à déja pu s'exercer à quatre reprises : lorsque nous avons dépassé dans le Golfe de Gascogne une plate-forme de recherche pétrolière, dressée sur ses trois pieds et surmontée de son derrick de forage et d'une aire d'atterissage pour hélicoptère : lorsqu'une alouette III est venue "hélitreuiller" trois techniciensde la D.C.A.N qui avait quitté Brest avec nous, et des sacs de courrier, lors du tir réussi d'un missile anti-aérien masurca sur un engin-cible CT20 lancé depuis le champ de tir des Landes et achevépar l'artillerie de 100 millimètres. hier enfin, les nouveaux arrivés à bord ont pour la première fois assisté au spectacle toujours étonnant d'un transfert à la mer de matériel, entre le "Duquesne" et le "Jaureguiberry" qui nous à rejoint hier matin de très bonne heure. Nous sommes actuellement au large des côtes de Mauritanie, parmi les chalutiers qui y pechent par centaines, au risque d'épuiser les richesses marines de cette côte. La température était de 17 degrés ce matin à 07h30 : il fait un temps splendide, et nous attendons avec impatience Dakar, notre première escale.
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TELEX N°2
Le 30 avril 1974. La FLE "Duquesne" et l'E.E. Jauréguiberry" arrivés à Dakar le 29 avril ayant été rejoint par le BSL "Garonne" le 1er mai. C'est par près de 850 marins français que la ville à été envahie cette semaine. Dés le deuxième jour de cette escale, ces touristes sont partis, en rang serrés, découvrir le marché artisanal de Soumbedioun ou l'on travaille et vend les cuirs, les bois, et les étoffes, et le marché des voleurs ou chacun à de fortes chances de retrouver contre espèces sonnantes et trébuchantes la montre ou le porte-feuille qui lui ont été volés la veille ... Ils ont pu marchander des bijoux d'argent massif ou des statuts d'ébène incrusté avec les artisans de la Cour des Maures, dans d'interminables discussions de marchands de tapis, faire un saut dans l'Ile de Gorée pour errer parmi les maisons de style colonial, aux tons ocres et au charme désuet du 19ème siecle, voir la mosquée, arpenter la place de l'Indépendance et l'avenue du Roume, coeur de la Dakar moderne, se promener dans le marché Blaise Diagne dont les éventaires innombrables et minuscules offrent de tout, à des prix défiant toute concurrence pour peu que l'on ait le goût et le temps de marchander. Plusieurs excursions en dehors de Dakar étaient assurées chaque jour par nos amis du 1er RIAOM et de l'Unité Marine : nous avons ainsi pu découvrir le village de pecheurd de Cayar, dont les paillottes, tout droit sorties d'un livres d'images, se serrent au bord d'une splendide plage de sable. Sur cette plage viennent s'échouer de longues pirogues peintes de couleurs vives et chargées de dizaines de poissons d'un metre de long et plus : de quoi faire rêver le pêcheur à la ligne qui sommeille au coeur de tout français. Une aure excursion avait pour but l'ile de Fadiouth, remarquable à double titre : on y accède par un pont de bois qui rappelle étrangement le pont de la rivière Kwai, elle abrite le village le plus religieux du Sénégal, puisqu'on y trouve un calvaire a chaque carrefour. Mais l'aspect "représentation" de cette campagne ne fut pas oublié : rencontres sportives, visites à bord, déjeuner et cocktail officiels ont permis aux équipages et officiers francais de rencontrer leurs homologues sénégalais. La mise au point des bâtiments à été poursuivie pendant cette escale, avec l'aide efficace et appréciée de nos camarades de Dakar, et nous avons appareillé ce matin allégés de nos devises, mais riches de souvenirs et fiers d'avoir contribué dans la mesure de nos moyens au développement du commerce extérieur franco-sénégalais ...
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TELEX N° 3
La Côte d'Ivoire nous est d'abord apparue en cette matinée du jeudi 9 mai sous la forme d'une immense plage de sable blanc bordée par le vert vif de la forêt équatoriale. Nous avons ensuite pris le canal de Vridi, long de 3700 mètres, qui relie la mer et la lagune sur les bords de laquelle sont construits la ville et le port d'Abidjan. Dés l'entrée du canal, l'odeur caractéristique de la forêt était perceptible dans l'air saturé d'humidité : nous sommes en effet au début de la grande saison des pluies et si la température ne dépasse pas 27 degrés, le pourcentage d'humidité de l'ait atteint, lui, 90 pour cent. Encore quelques villages de paillottes posées sur les rives du canal et le port et la ville nous apparaissent au sortir d'un dernier méandre. Les trois bâtiments s'évitent devant la ville et viennent accoster le quai des paquebots, en face de la base de la Marine Ivoirienne. Abidjan est une ville moderne, blanche et nette, riche en espaces verts : le port est actif et la circulation automobile impressionnante par sa densité et sa frénésie. Les occasions de distraction y sont nombreuses et variées : les amateurs de distractions européennes ont fait honneur à la patinoire - avec une ardeur qui n'était pas à quelques plaies et bosses près -, à la piscine et au bowling de l'hôtel Ivoire : et les sportifs ont affronté avec courage sinon toujours avec succès nos camarades ivoiriens et leur allié le soleil, sur les terrains de sport. Ceux qui préfèraient la couleur locale se rendirent au marché indigène de Treichville et dans le quartier Africain d'Adjame, grouillant d'une foule colorée et débonnaire. Mais tous se retrouvèrent pour profiter largement des excursions organisées à Bingerville, Grand Bassam, Assouindé. Nous ne sommes pas prêts d'oublier ces journées : les fumeries de poissons, les villages sur la lagune, la saveur des ananas dégustés au bord de la route, la plage de sable à perte de vue, les bains de mer et de soleil dont quelques bons coups de soleil sont les témoins cuisants. Autres bons souvenirs : le "Pot" offert par la Marine Ivoirienne qui nous à accueillis avec gentillesse et simplicité dans une séduisante "paillotte" à la superbe charpente de bois, au milieu d'un jardin exotique de rêve, permettant ainsi aux sportifs de se retrouver et aux autres de faire plus ample connaissance. Et une belle réception à l'Ambassade de France qui vit 120 marins, accueillis en haut du grand escalier de sa résidence par l'ambassadeur Raphael-Leygues, envahir les salons et le patio pour y rencontrer, sous les flashes des photographes, les anciens marins d'Abidjan. Je crois qu'à l'avenir, aucun d'entre nous n'écoutera avec indifférence parler d'Abidjan et de la Côte d'Ivoire.
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TELEX N° 4
En mer, le 17 mai 1974. Le plus court chemin entre deux points étant toujours, même en Afrique, la ligne droite, le "Duquesne" et le "Jaureguiberry" piquent droit sur le cap à la vitesse de 15 noeuds, rattrappant peu à peu la "Garonne" partie d'Abidjan une trentaine d'heures avant nous. Depuis que nous sommes entrés dans le fameux "pot au noir" du golfe de Guinée, zone de grains et de ciel couvert, la température a fraîchi et les batiments "bougent" davantage. Mais cela n'empêche nullement les amoureux de l'eau et du soleil de piquer une tête dans la piscine d'eau de mer installée sur la plage arrière, avant de rejoindre dans les zones "bains de soleil", les amateurs de lecture ou de sieste qui s'y côtoient entre midi et 14h30. Autre distraction qui a des fervents adeptes, la pêche. Des bancs de thons et des requins ont à plusieurs reprises suivi le "Duquesne" et le "Jaureguiberry", faisant apparaitre sur les ponts, cannes à lancer et lignes de traîne. Las, les petites bêtes n'avaient pas faim et ont jusqu'à présent dédaigné les appats proposés et l'attention que leur portent les pêcheurs au tout-gros, se contentant de tourner en rond autour des hameçons, nos camarades faisant preuve, en bons pêcheurs, d'une belle obstination, tous les espoirs nous sont permis. Hier enfin, le passage de la ligne à accaparé le temps et l'attention de tous les néophytes, nombreux à bord du "Duquesne" puisque nous étions 320 sur 386 personnes présentes à bord, à n'avoir jamais passé l'équateur sur un batiment de la Royale. Cette cérémonie traditionnelle et hautement folklorique, attendue avec quelque impatience et un rien d'appréhension, s'est déroulée dans l'eau, la farine et la bonne humeur, à la satisfaction de tous - officiants et néophytes, mais entre deux périodes de distration, le travail ne perd pas ses droits : les postes d'entretien, les alarmes incendies, les exercices en tout genre sont là pour cela. Les tirs d'artillerie de 100mm, décalés, sur ballonets, sur éclatements sont les exercices les plus impressionnants et les plus bruyants, et la sérénité des postes-avant est souvent troublée par des chutes d'objets divers, arrachés à leur étagère ou à leur sommet d'armoire par les secousses du recul des pieces de 100, on les ramasse, en attendant l'exercice de tir suivant. La course continue derrière la "Garonne" vers Simonstown ou nous devons arriver mercredi prochain, en début de matinée.
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TELEX N°5
23 mai. C'est sous le signe de la nouveauté qu'aura été placée cette dernière semaine. Dimanche dernier en effet ont été organisés sur le Duquesne et le Jaureguiberry les premières "séances récréatives" dominicales avec échange de personnel entre les deux bâtiments. Officiers, officiers-mariniers et équipages se sont retrouvés sur le pont milieu du Duquesne dans une belle diversité de tenues, treillis, shorts, maillots de bains, et une totale décontraction pour participer aux divers jeux organisés ou encourager chaudement les concurrents. Les différents postes, salles à manger et carrés se sont affrontés au tir à la corde, à la course en sac et en combat de pelochons. Le tir à la corde s'est déroulé dans une ambiance de rencontre de catch, l'arbitre debout, micro en main, entre les deux équipes, les spectateurs pressés autour des tireurs, les gênants même par moments, les encourageants follement de la voix et du geste, vociférant et discutant pour la forme les décisions de l'arbitre. Le meilleur et le plus admiré de ces "supporters" aura été, sans contestation possible, le MP Le François, qui fit largement et avec succès profiter son équipe de son dynamisme et de sa science du travail en équipe. La course en sacs fut l'occasion pour les spectateurs de se disperser davantage sur l'ensemble du parcours qui faisait le tour du hangar malafon et de s'enthousiasmer pour quelques remontées spectaculaires, des chutes sans gravité et le spectacle étonnant de certains concurrents bondissant comme des kangourous. Suivit un jeu consistant a attraper avec les dents une orange flottant dans un baquet d'eau : tous les concurrents furent écrasés, malgré leur valeur, par le SM VILLEPREUX qui "pêcha" son orange en 3 secondes, record absolu et méritoire car ce jeu est bien moins facile qu'il n'en a l'air. Mais le grand prix du rire et des acclamations revint à la bataille de pelochons organisée sur une planche au-dessus de la piscine. Entre ces jeux, l'orchestre du bord, dont c'était la première "sortie" officielle, était très entourée, et le jeu des artistes, particulièrement celui du batteur, le QM ASM ROXIN, était suivi avec autant d'attention et de plaisir que l'avaient été ceux des sportifs. Le mercredi matin, c'est une Afrique nouvelle, qui nous est apparue (1) , une cote sud-africaine magnifique, faite de montagnes grises ou brun-rouge couvertes de maquis qui jaillissent de la mer, étonnament semblables à celles de Provence, de petites maisons blanches, couvertes de tuiles, tout droit venues d'Angleterre ou de Hollande, qui se blottissent au pied de la montagne, des cormorans noirs perchés sur les rochers, qui font sécher leur plumage, les ailes étendues dans le soleil, des otaries qui sortent la tete de l'eau, pour regarder le petit train rouge Simonstown-Le Cap passer sur la grève, et jouent dans la baie avec les commandos-plongeurs de l'EV1 Martin. L'Afrique du Sud est aussi belle que ses habitants sont accueillants et il y fait bon vivre.
(1) J'ai entendu cette remarque à bord, le jour de l'arrivée : "ça change de l'Afrique.." tout commentaire serait superflu.
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TELEX N°6
En mer le 1er juin 1974
, les nuits de veille sont en générale assez calmes. Mais il en est qui sont pleines d'imprévu : la nuit du 31 mai au 1er juin en est un bon exemple. Les trois bâtiments du Groupe Mousson et la Charente naviguaient en 2 colonnes par mer belle lorsque à 22 heures le Duquesne capta un appel radio de détresse. Un cargo grec, l'Ellinida, demandait d'urgence une assistance médicale pour un cas d'appendicite aigüe. La Garonne ayant à son bord un chirurgien, un anesthésiste et un bloc opératoire complet pouvait prendre en charge ce malade. Mais était-il nécessaire de faire ce transfert en pleine nuit ? Une consultation médicale éffectuée par radio, mettant en contact le chirurgien de la Garonne, le docteur Sacré, médecin du Duquesne et le capitaine de l'Ellinida permit rapidement de répondre par l'affirmative. Le C.O. du Duquesne donna immédiatement la position du cargo dans le 340 pour 15 nautiques. Le batiment du groupe le plus proche était la Garonne : heureuse coincidence, elle se déroutait donc vers l'Ellinida. Vers 23h25 le BSL stoppait à coté du cargo et envoyait un canot chercher le malade, un coréen de 35 ans qui avait 40° de fièvre. Il était alors 23h50. Le transfert se déroula au mieux, en dépit de sa délicatesse, et le malade put être opéré sur la Garonne avec succès malgré les difficultés propres à toute intervention effectuée à chaud : le chirurgien et l'opéré se portent bien. Une fois encore la solidarité des gens de mer n'aura pas été un vain mot. L'équipe de veille de 22 à 24 heures n'avait pas chômé, le quart de 00 à 04 heures fut lui aussi marqué par un événement inhabituel, mystérieux même. A 04 heures du matin apparut brusquement dans le ciel, assez bas, un objet blanc, brillant dont la taille était à peu près le triple de celle d'une planète. Il se trouvait à l'est, dans le secteur où deux heures plus tard devait apparaitre Vénus. Oserons-nous le qualifier d'O.V.N.I.? On en discute à bord avec passion en tout cas, il descendit d'abord dans le ciel puis demeura immobile pendant 10 minutes avant de disparaitre ce n'était pas une planète : il était plus brillant que vénus la plus brillante des planètes, et beaucoup plus gros. Ce n'était pas non plus un satellite car trop gros et trop bas dans le ciel et s'il a été vu par toute l'équipe de veille, à commencer par les LV Camio et Coldefy et l'aspirant Ledu, sa présence n'a pas été détectée au radar : ce n'était donc ni un avion ni un ballon. Les témoins de l'équipe de veille étant dignes de foi et le journal de navigation, document sérieux s'il en est, portant en face de 04 heures la mention suivante : "Aperçu lueur blanche fixe dans le 075 à une hauteur de 20 degrès environ", le mystère demeure .....
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TELEX N°7
En mer , le 8 juin 1974
. Deux faits nouveaux ont marqué cette semaine qui s’achève, les bâtiments du Groupe Mousson se sont momentanément séparés, et notre activité autonome et purement marine s’est transformé en soutient naval des forces terrestres engagées dans l’exercice Ylang, les trois bâtiments du groupe ne sont en effet restés qu’une journée et demie ensemble à port des Galets, juste le temps de constater avec amertume que le lundi de pentecôte est bien férié dans tous les départements Français, même les plus lointains, et le 4 dans l’après-midi, le Duquesne à appareillé pour l’archipel des Comores, ayant à son bord une partie de l’Etat Major du commandant supérieur de Saint Denis et l’ensemble du détachement de commandos de l’EV1 Martin qui était jusque là réparti sur les trois bâtiments. Le Jauréguiberry et la Garonne devaient pour leur part demeurer à la Réunion jusqu’au 8 juin. Le Duquesne a donc fait route vers Mayotte et Dzaoudzi par mer belle, traversant de nombreux grains qui avaient le bon goût de disparaître la nuit venue. Nous avons donc pu profiter de projections de films en couleur et en plein air, beaucoup plus agréables et sympathiques que les séances de télécinéma dans les locaux intérieurs. L’arrivée en baie de Dzaoudzi fut un régal pour les yeux : une mer calme et bleue, bordée par un demi-cercle de collines couvertes de cocotiers, bananiers et arbustes touffus puis d’herbes hautes, parsemée d’îlots rocheux et boisés, quelques pirogues tirées sur le sable, d’autres, peu nombreuses, filant sur l’eau sous une voile latine rouge foncé, et au fond de la baie, un petit port, quelques maisons blanches et le point d’appui de nos camarades de la Légion Etrangère. Très vite, les commandos prirent le large en zodiac, armés de pied en cap et heureux de pouvoir enfin crapahuter et se dépenser un peu tandis qu’apparaissaient à bord cannes à lancer et lignes de fond, et cette fois, le poisson était au rendez-vous : gros et petits, argentés et roses, bleus et jaunes ou couleur de rocher les poissons capturés frétillaient sur le pont ou nageaient maladroitement dans la piscine au milieu des baigneurs. Le soir venu on pouvait compter sur le pont bâbord un pêcheur tous les quatre mètres, attendant patiemment la bonne surprise de la courbure soudaine du scion de sa canne sous un poids d’un kilo et plus ou la déception rageuse de la ligne trop fragile qui casse et devient molle entre les doigts. Le lendemain, les pêcheurs cédèrent la place aux baigneurs le long du bord : l’eau étant délicieuse, les amateurs nombreux et les plongeurs qui prenaient leur envol du pont principal faisaient l’admiration des foules. En fin de journée, nous devions accueillir à bord le Général de Division Dubost, Comsup de Saint Denis, et son Etat-major puis appareiller en direction de l’Ile de Pamanzi où ont lieu ce matin une opération aéroportée : 140 parachutistes ont été largués par 2 C160 Transall en 19 passages sur le terrain d’aviation de l’Ile. Le Duquesne assure la protection anti-aérienne de cette opération et se tient prêt a effectuer à la demande des tirs d’appui contre terre. Ylang est commencé.
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TELEX N°8

En mer le 16 juin 1974. Il serait bien difficile de reprocher au Groupe Mousson d’avoir ignoré les Comores, car pendant toute une semaine, les bâtiments du groupe ont croisés dans les eaux de l’archipel, allant d’une île à l’autre selon les besoins du commandant interarmées de l’exercice Ylang, le thème de celui-ci était le suivant : les principales îles de l’archipel ayant été occupées par surprise par des éléments ennemis, des troupes stationnées à la réunion, aérotransportées ou embarquées sur les bâtiments du groupe, etaient chargées de reconquérir ces îles et en priorité leurs terrain d’aviation, l’opération s’est donc déroulé en quatre temps et quatre sauts de puce. Le 7 juin, tout d’abord, le Duquesne débarquait les commandos marine qui gagnaient la terre en zodiacs pour jouer le rôle de l’ennemi sur le terrain de Dzaoudzi, à coté de l’île de Mayotte. Le lendemain, une compagnie du 2ème régiment parachutiste de l’infanterie de marine ( R P I M A ) sautait sur l’aérodrome de l’île Pamanzi qu’elle réoccupait sous l’œil admiratif de l’équipage du Duquesne. Celui-ci, croisant devant l’île, assurait l’appui feu des troupes à terre et leur protection anti-aérienne le 9 juin, c’est l’île d’Anjouan qui était attaquée par les commandos et une autre compagnie du 2ème RPIMA amenés par le Duquesne et le Jauréguiberry et mise à terre par les zodiacs et le L.C.T. 9061 . Le terrain d’aviation put être la aussi dégagé tandis que le Duquesne et le Jauréguiberry montaient la garde autour de l’île. Enfin, le 10, la Garonne entrait elle aussi dans le jeu en débarquant sur l’île de Moheli une compagnie du 2ème RPIMA à l’aide de ses LCPS (petites chaloupes de débarquement), ces allers et venues, ces exercices, ces mouillages forains devant les îles, s’ils ont largement mobilisé les services « propulsion énergie » « missiles artillerie » « détection » et « manœuvre » des bâtiments, nous ont également permis d’admirer des îles volcaniques de roche noire couvertes d’une végétation abondante que favorise le climat tropical humide : 35.000 hectares de forêts aux essences variées, palissandre, okoumé, cocotiers, bananiers, plantes à parfum dont l’Ylang Ylang, etc … de découvrir à la jumelle les villages de palmes et de bois dans les collines et les petites villes côtières aux rues étroites, aux maisons blanches à terrasse, aux mosquées à minaret. Images de tranquillité et d’insouciance, dans la baie de Mutsamudu passaient et repassaient à 800 mètres à peine du rivage un banc de thons et une tortue marine qui batifolait …

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TELEX N°9

Djibouti le 22 juin 1974 – Les Romains d’hier demandaient du pain et des jeux : les marins d’aujourd’hui ont gardé les mêmes goûts comme la bonne humeur générale qui régnait à bord du Duquesne dimanche dernier l’a bien démontré. Les raisons de celle-ci étaient trois, les traditionnels repas améliorés du dimanche, une arrivée de courrier assurée par l’A.E. « Victor Schœlcher » qui nous à rejoint le 16 juin et organisé spécialement pour célébrer, de façon o combien agréable, le 30ème anniversaire de la poste navale qui achemine le courrier avec une rapidité et une maîtrise dignes d’éloges. La troisième raison était une séance récréative qui ade nouveau vu l’affrontement des groupements du bord au tir à la corde, à coup de polochons au dessus de la piscine etc … Le soir, l’horchestre anima une soirée style 1930 très réussie, qui releva ou confirma les talents de chanteurs nombreux et de genres très divers, et fut clôturée par un concours de déguisement longuement applaudi. Jeux et concours avaient été dotés de nombreux prix par la coopérative du bord. Mais dès le lendemain le sérieux reprenait le dessus : fin des conseils d’avancement pour le personnel engagé qui entrait dans le carré du commandant, ou se tenait le conseil, le visage quelque peu tendu pour en ressortir à l’aise et rasséréné, exercices divers, hélitreuillages enfin. Le 17 juin, le Duquesne a eu l’honneur d’accueillir l’Amiral commandant la Zone de l’Océan Indien ou « Alindien » le Contre Amiral Schweitzer, qui a mis sa marque à bord jusqu’à l’arrivée à Djibouti. Dans la nuit du 18 au 19, le Duquesne, le Jauréguiberry et le Victor Schœlcher étaient rejoint par les escorteurs américains USS « Paul » et USS « mullinix » cette prise de contact se concrétisa bien vite par un déjeuner Franco-Américain des Commandants à bord du navire Amiral, les échanges d’officiers et des exercices communs de tir d’artillerie de manœuvre et de contre mesure électronique ; sans oublier bien sur l’exercice parfois difficile et toujours méritoire consistant pour des français de communiquer en anglais avec des américains, heureusement, bonne volonté et patience ne manquaient ni d’un coté ni de l’autre. Mis en appétit par ces premiers exercices, la petite escadre devait dès le lendemain connaître d’autres réjouissances avec la participation de l’armée de l’air représentée par les F 100 supersabre de Djibouti. Un grand exercice de défense aérienne se déroula pendant la journée et permit à l’attaque et à la défense de tester leurs techniques dans des conditions proches du réel. Le Paul et le Mullinix nous quittèrent le soir même en disparaissant à l’horizon vers l’est, tandis que nous même allions vers l’ouest pour aborder hier matin la terre ocre et chaude du territoire français des Afars et des Issas.

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TELEX N° 10

Djibouti le 29 juin 1974 – Qu’il fait chaud et lourd à Djibouti …… C’est l’impression dominante qui s’impose après une semaine passée ici, viennent ensuite la gentillesse et la discrétion des habitants, et la chèreté impressionnante de la vie, qui n’ont laissé personne indifférent ….. Cette chaleur toujours présente, de nuit comme de jour, rend particulièrement pénible la tache des équipes du service énergie propulsion qui mettent à profit cette escale prolongée pour effectuer avec efficacité et dévouement les réparations et révisions consécutives à 3 mois de mer, tant individuellement à bord de chaque navire que dans les ateliers du B.S.L. « Garonne » au profit du groupe. Mais le travail n’est pas tout, le sport et les excursions sont aussi présents dans cette escale. Des rencontres entre les bâtiments du groupe mousson, l’A.E. « Victor Schœlcher », l’Unité Marine et la Légion ont été organisées en football, rugby, hand-ball, volley-ball, basket ball et judo, en nocturne « afin d’atténuer au maximum les effets de la chaleur » … (SIC). Quant aux excursions, l’Unité Marine à mis sur pied un programme d’activités qui regroupent des marins de tous les bâtiments : il y a par exemple des excursions en chaloupe sur l’île Musha, avec pêche et baignade, de séjours de 2 ou 3 jours au camp de repos de l’Arta qui offre à une heure de route et 800 mètres d’altitude une température plus fraîche qu’à Djibouti et la beauté impressionnante du désert. Ces séjours sont très appréciés et l’accueil de nos camarades de l’armée de Terre n’est pas pour rien dans cette satisfaction … Mais ce dont chacun rêve le plus, c’est d’embarquer dans l’un des Noratlas de l’armée de l’Air ou l’un des hélicoptères SA 330 Puma de l’Alat qui effectuent des survols du territoire. Passant au dessus des eaux bleues du Golfe de Tadjourah, ils suivent la côte jusqu’au fond du golfe, remontant la grande faille qui le prolonge, survolant ses volcans éteints et le lac Assal. Ils vont ensuite virer autour de la pittoresque petite ville de Tadjourah, mosaïque ocre et blanche surmontée de sa mosquée, puis reviennent vers le port et l’aérodrome de Djibouti après un crochet par les îles posées sur la mer à 6 nautiques de la ville. En une heure de vol, et deux posés pour les Puma, on emmagasine plus de souvenirs qu’en une semaine passée en ville grâce à la noria des camions qui tournent presque sans interruption entre le port et le centre-ville après 16h30. Les achats faits en ville rejoindront dans les caissons de nombreux marins français les casquettes « us navy » offertes par leurs camarades de l’US « mullinix » de passage à Djibouti, avec qui la fraternisation à été immédiate et extrêmement chaleureuse. Sans doute cette rencontre sera t’elle pour certains leur plus beau souvenir de l’escale de Djibouti.
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TELEX N° 11
A bord le 6 juillet 1974. Voilà 2 jours que le Jauréguiberry et le Duquesne ont repris la mer, laissant derrière eux la pesanteur, la chaleur du climat de Djibouti, retrouvant avec plaisir une bonne brise et une mer verte semée de moutons blancs, après une dernière semaine bien remplie. Les visites d’information technique ont été nombreuses, tant à terre (centre de transmission de l’Armée de l’Air par exemple) qu’à bord des bâtiments. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises des visites guidées du Duquesne ont été organisées au profit des officiers et sous-officiers de la garnison de Djibouti, ces visites comprenaient un exposé technique sur le système Sénit puis une mise en œuvre de celui-ci et des rampes de lancement des missiles. Le haut Commissaire et le Général Muller, Commandant Supérieur des Forces Militaires du TFAI, ont tenu à visiter en personne la Frégate. De même ont eu lieu des visites privées de bâtiments du groupe mousson par les militaires et leurs familles. Par ailleurs, les travaux de réparation et d’entretien ont été poursuivis activement avec l’aide précieuse du Bsl Garonne qui a en particulier, entièrement révisé la vedette du bord .
Et les loisirs ? Ils ont gardé une place importante dans la vie de ces derniers jours. Puma, Noratlas, chaloupes et camions n’ont jamais manqué de candidats au survol du TFAI, à la pêche et à la baignade aux îles ou sur les plages de Djibouti. Les rencontres sportives ont été nombreuses, avec, entre autres résultats, un beau succès des judokas entraînés par le SM DEZETER sur l’équipe du 5ème RIAOM par 5 victoires à une : deux matches nuls en hand-ball et football contre l’Unité Marine et la 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère.
Le personnel volontaire à pu profiter de la piscine de l’Armée de l’Air pour passer les épreuves de natation donnant des points de sport, appoint non négligeable pour la notation de fin d’année et bien mérité après un plongeon dans une eau à 35 degrés : le 4 juillet, le C.A. Schweitzer, Amiral Commandant la Zone de l’Océan Indien, embarquait avec son Etat-major sur le Duquesne qui arbore désormais sa marque, 2 étoiles sur fond tricolore : la garde présentait les armes, clairon et gabier rendaient les honneurs tandis que le Commandant accueillait a bord « Alindien ». Le soir même, c’était l’appareillage pour un exercice de défense aérienne.
Postés au large de la pointe de Ras Bir, le Duquesne et le jaureguiberry jouaient le rôle de piquet radar (centre de détection avancé) et participaient à la défense de l’aéroport de Djibouti contre une attaque aérienne simulée par les F100 supersabre de l’Armée de l’Air. Ce matin, l’entraînement à la mer s’est poursuivi par des essais de freinage d’une ligne d’arbre, et de tir des canons de 30 mm et nous attendons avec impatience le spectacle du lancement d’un missile porte torpille Malafon qui devrait avoir lieu cet après-midi … si l’état de la mer en permet la récupération.
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TELEX N° 12
Le groupe Mousson composé de la frégate lance engins Duquesne portant la marque d’Alindien et du bâtiment de soutient logistique Garonne a fait escale a Damman du 16 au 21 juillet 1974, en Arabie Saoudite, cœur de l’Islam avec ses villes saintes : La Mecque et Médine. Le Jaureguiberry, après l’escale de Bander Abbas avait quitté le groupe pour rejoindre Djibouti et puis les Comores.
Dans le golfe d’Oman, une panne de climatisation à permis à la « Garonne » de gouter les joies de la nuit en pleine air par 38 degrès. Le 16 juillet au matin, tous étaient sur le pont pour découvrir ces pays producteurs de pétrole qui ont tant d’importance dans la politique actuelle. Avant de toucher Damman, port commercial nous sommes passés devant Ras-Tanurah un port pétrolier impressionnant par les terminaux du sea-line et par l’accumulation des super-tankers, nous avons même assisté à l’incendie d’un tanker Japonais. Une fois à quai nous n’étions pas pour autant en ville: une jetée de dix kilomètres et encore dix kilomètres de route avant d’atteindre la ville de Dahran (175.000 habitants). Mais la Marine Saoudienne avait bien fait les choses et l’éloignement n’a jamais représenté un sérieux handicap pour les permissionnaires. Nous avons découvert Dahran, une ville en pleine expension, aux constructions nombreuses, aux habitants accueillants, sympatiques, travailleurs, une société tout de même « masculine » d’un peu étrange façon, les achats ont porté avant tout sur l’électronique (l’E.V.1 navigateur de la Garonne, grâce à sa machine à calculer électronique va pouvoir faire des points très rapidemment), sur la bijouterie et l’habillement local. Les excursions furent nombreuses. Elles nous permirent de découvrir Al-Hassa, au départ une oasis que les saoudiens développent par un système d’irrigation, l’eau remonte, grace à des pompes, à un bassin central qui la redistribue par un réseau de 1.500 kilometres de canaux à ciel ouvert. L’utilisation de l’eau par les agriculteurs se fait directement sur ces canaux et à des heures déterminées. Le système de « brise-vents » est largement employé. Le plan prévoit l’irrigation de 17.000 hectares d’ici 1976. Toutes les cultures maraichères devraient être possibles, ne voit-on pas déjà de la luzerne. La visite fut suivie d’un succulent mechoui servi sous les tonnelles et sur une natte de plus de 30 metres ou il y avait une superbe rangée de plats colorés (dattes, raisins, pastèques…). Le sens de l’hospitalité et la gentilesse des Saoudiens se manifestèrent là à plein. D’autres excursions furent organisées à la S.A.V.C.O. usine qui exploite le gaz naturel et qui produit de l’urée, de l’ammoniaque, de l’acide sulfurique, au « collège du pétrole » et à la « station de télévision ». Il apparaît que la venue d’un bateau aussi sophistiqué que le Duquesne à fort impressionné nos hôtes, en particulier le Prince gouverneur de la province, salué de 17 coups de canon, à manifesté un vif intérêt poli pour la visite et les démonstrations de ce batiment . Les réceptions furent nombreuses, la plus appréciée fut celle de la Marine Saoudienne à l’ultra moderne hotel « Algosaibi » ou l’accueil et la nourriture furent de premier ordre, la réception offerte par le Prince gouverneur de la province fut riche en couleur locale par le cérémonial et la tenue sous la surveillance de gardes du corps en armes . La dernière soirée réunissait à bord du Duquesne la colonie Française. Nous reprenons la mer vers le Koweit en ayant la sensation d’avoir montré d’utile façon le pavillon et malgré certaines conditions difficiles de climat à cette époque de l’année gardons un souvenir excellent de ce pittoresque royaume qui nous à fort bien accueillis.
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TELEX N° 13/14/15
En mer le 10 août
Pendant que Duquesne et Garonne visitent le Golfe Persique, le jauréguiberry parcourt l’Océan Indien de Bander Abbas à la Réunion passant part Djibouti. En tout quatre semaines bien remplies, dont trois semaines de mer – Tout d’abord, nous retrouvons la mousson, fidèle au rendez-vous, mais dont les colères n’impressionnent plus les vieux marins que nous sommes devenus. L’activité est variée – escorte du magnifique porte hélicoptères soviétique Leningrad, rencontré par hasard, dit-on, du coté de Socotra et que nous accompagnons jusqu’à Bab El Mandeb puis assistance au pétrolier norvégien Monning Light, refusée au dernier moment par un demandeur peu courtois – c’est ensuite l’Océan Indien sud et la fraîcheur retrouvée ainsi que l’alizée plus clément – nous faisons un bref passage à la Réunion puis nous rencontrons le pétrolier USS Marias, l’USS Hawkins et le Victor Schœlcher pour deux journées d’exercices variés. Après un mouillage aux Glorieuses, nous arrivons dans l’archipel des Comores. Commence alors une agréable période de détente avec deux jours à Anjouan, la perle des Comores, parfumée par l’Ylang Ylang. Un séjour très apprécié à Mayotte ou la Légion nous accueille. Les ressources locales sont bien utilisées : baignades, pêche à la ligne et sous marine, cueillette de coquillages se succèdent dans le magnifique lagon de Dzaoudzi qui rappelle aux anciens du bord leur campagne polynésiennes. Nous organisons deux méchouis monstres pour Tribordais et Bâbordais près des vieux canons de marine au cercle Franco-Comoréen. Une excellente ambiance interarmées règne très vite et bachis et képis blancs changent rapidement de propriétaires . Puis c’est de nouveau la mer, les exercices avec le Victor Schœlcher et le 12 août la Réunion pour remise en forme du « Jojo », et la fin de la première partie de mousson 74. Début septembre nous seront fin prêts pour la phase deux, dont vous entendrez parler très bientôt …
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TELEX N° 16
En mer le 11 août 1974
– Après un mois d’escales presque ininterrompues dans les eaux très fréquentées, cette semaineà été celle du changement : 7 jours de navigation sur une mer agitée, vide de navires, reflétant un ciel souvent gris, fouetté par les embruns qui balayent tout l’avant, le Duquesne roule et tangue assez pour qu’aient été installés les mains courantes de la plage avant et du pont milieu, supprimée la séance de sport quotidienne, reporté le tir Malafon, et qu’une certaine pâleur apparaisse sous le bronzage de quelques uns. Deux événements majeurs ont marqué cette semaine pendant laquelle chacun à retrouvé ses habitudes du service et de la vie à la mer. D’abord, un exercice majeur de sécurité qui avait pour but « intéresser les services à des sinistres se produisant dans leurs locaux et d’étudier la relève du PC Sécu par un PC de Zone ». Le thème de l’exercice était le suivant : à la suite de deux attaques aériennes, six impacts principaux déclenchent incendies, voies d’eau, mise hors service des transmissions entre la passerelle, la barre, les compartiments propulsifs et du PC Sécurité Central. Les services intéressés eurent donc de quoi s’occuper pendant une bonne partie de l’après-midi. On a déroulé et roulé des manches à incendie, capelé et décapelé tenues ignifugés et appareils respiratoires, combattu l’eau et le feu. Testé tous les systèmes de contrôle, d’alarme et de lutte contre l’incendie, la bonne coordination des équipes de sécurité : une bonne journée bien remplie...
2ème événement – un « Rallye – connaissance du bord », qui visait à faire découvrir par les concurrents des locaux qu’ils ne connaissait pas et de mettre leur science à l’épreuve, 15 équipes fournies par les différents services, 8 locaux à découvrir, 4 points de passage obligatoire avec contrôle horaire et jeux tests, 30 questions sur le Duquesne et Abraham Duquesne, 90 concurrents et 5 tartes de belle taille pour récompenser les vainqueurs. Ce fut quand même un rallye « sérieux » en dépit des nombreux moments comiques, volontaires ou non, que vécurent participants et spectateurs. Et c’est avec brio que l’équipe du service Intérieur l’emporta d’une courte tête sur l’équipe Missart suivi de celle des transmissions, 3ème sur le podium. Le soir venu, une soirée Arabe avec couscous, déguisements, chants et danses « arabes » et participation de l’orchestre vint clore dans la musique et les rires une très belle journée et notre mois arabe... Ce matin nous avons retrouvé le Jauréguiberry.
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TELEX N° 17
Port des Galets le 18 août 1974. Tandis que le Jauréguiberry et la Garonne se trouvaient déjà à la Réunion, ou ils commençaient les Disac et louaient toutes les voitures disponibles, le Duquesne faisait escale à l’île Maurice, un guide la décrit ainsi : « Maurice, ancienne Isle de France, est une île qui jouit d’un climat agréable et très ensoleillé» … Ses habitants au cœur généreux, sont très accueillants, on ne saurait mieux la décrire qu’en disant d’elle que c’est un pays britannique, d’expression française où l’on conduit à gauche … « c’est tout à fait exact … » et l’on peut se demander pourquoi l’île est restée « pays britannique », tous les habitants, créoles, chinois, indiens, parlent français entre eux, les villes s’appellent Port-Louis, Curepipe, Mahebourg, Trou d’eau Douce, Vacaos ; les magasins « au coque’bonheur, au marché commun, Léon-Raphael, Le Chouan », un commissariat « Fanfaron Police Station ». Les films sont en français, comme la plupart des noms des rues et des chansons diffusées à la radio. Seuls sont en anglais les inscriptions officielles, certains noms de rues, les factures des commerçants.
Les roches noires et les formes arrondies des montagnes trahissent l’origine volcanique de Maurice dont les participants aux deux excursions qui ont fait le tour de l’ile ont pu apprécier la beauté verdoyante et la variété des paysages, cultures maraîchères, champs de canne à sucre, principale culture de l’île, forêts et montagnes. Ils ont vu des plages splendides, des petites villes endormies à l’ombre de leurs maisons coloniales, la très belle et rare collection botanique du jardin royal de Pamplemousse. A Port Louis même, la mosquée, le palais du gouvernement, le marché et ses pyramides de fruits et de paniers, attiraient à eux les promeneurs.
La fraternisation à été rapide et facile entre Français et Mauriciens : les invitations n’ont pas manqué à terre, les visiteurs à bord ont été très curieux. Cocktails sur le Duquesne et réceptions à terre ont permis aux communautés françaises et mauriciennes de se rencontrer plus officiellement, de même qu’un échange de « pots » à rassemblé des officiers français et leurs camarades britanniques de la base HMS « Mauritius » et de la frégate HMS « Ariadne ». C’est bien à contrecœur que nous avons quitté après quatre jours d’escale, Maurice ou certains songent déjà à retourner par avion . . .
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Télex mousson N° 18
Port des Galets le 28 août 1974 : Deux mois après son premier passage ici, le « Duquesne » est revenu à Port des Galets, y retrouvant le Jauréguiberry et la Garonne, qui y séjournaient depuis quelques jours déjà. Ce n’est pas pour une escale ordinaire que les 3 bâtiments se sont ainsi rassemblés mais pour une Disac, période de contrôle et d’entretien du matériel, bien nécessaire après 4 mois de mer. C’est donc au pied des impressionnantes montagnes noires, couvertes de végétation, de cette île volcanique et sous l’agréable soleil de l’hiver réunionnais que les marins du Groupe Mousson, résistant pendant la journée à l‘appel des plages, des excursions, des plaisirs de l’escale, travaillent sur tous les bâtiments. Les coques font peau neuve, les équipes de peintres s’installent partout, à l’intérieur comme à l’extérieur, avec leurs seaux, leurs pinceaux et leurs brosses à long manche, leurs radeaux à étage qui dansent le long du bord, avec leurs petites misères aussi : tâches de peinture sur les vêtements et traces de doigts sur les surfaces fraîchement repeintes déclenchent des explications orageuses entre les artistes et le commun des marins.
Les mécaniciens abattent un très gros travail : vérification de l’étanchéité des collecteurs, contrôle du bon fonctionnement des appareils auxiliaires, réfection du briquetage de la cheminée, entretien général. Partout on mesure, vérifie, démonte, graisse, répare, boulonne : on se dispute les kilowatts, on embarque des rechanges et des vivres de subsistance. Pour les travaux spéciaux, en demandant un outillage lourd, la Garonne est là, fidèle au poste, pour « soutenir » le groupe, comme le veut sa vocation de bâtiment de soutien logistique, avec ses ateliers bien équipés et son personnel de spécialistes.
Quoique bien occupés, nous avons malgré tout, de nombreuses occasions d’aller à terre en dehors des heures de service : des véhicules aimablement mis à notre disposition par l’armée de Terre assurent chaque soir la navette avec Saint Denis. Par ailleurs, outre les week-ends, chaque quart bénéficie d’une journée complète d’excursion et d’un après-midi à la plage de Saint Gilles les Bains, échelonnés pendant l’escale, ce qui permet aux équipages de joindre l’utile à l’agréable et de découvrir peu à peu les multiples attraits de l’île Bourbon …
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TELEX N° 19
Port des Galets, le 31 du mois d’août. La Disac continue : les travaux se poursuivent fébrilement à bord des bâtiments du Groupe Mousson et la proximité du départ se fait sentir : pas de jour sans corvée d’embarquement : inspections de tranches et de tenue, présence du Jauréguiberry à couple du Duquesne pour embarquement de mazout. Si le Duquesne n’a pas bougé depuis son arrivée, tel n’est pas le cas de la Garonne et du Jauréguiberry qui ont dû changer de postes à deux reprises au profit de bâtiments de commerce, nombreux et prioritaires dans ce port civil, venus charger du sucre ou décharger du poisson.
Le Jauréguiberry s’est même offert une sortie à la mer de 24 heures pour permettre à son nouveau «Pacha», le CF Aveline qui va remplacer le CF Jammayrac, de prendre son bateau en main, et à 70 «marsouins» de la compagnie Bourbon, la seule unité 100% réunionnaise, de s’entraîner au débarquement en zodiac avec les commandos marine, non contents de se dépenser avec canots et pagaies, ceux-ci, fraîchement arrivés de métropole pour remplacer le groupe de l’EV1 Martin, ont également participé à un exercice conjoint de 48 heures avec l’armée de Terre : saut de manœuvre près de Saint Louis, en bordure de mer, puis exercice sur le terrain avec les paras du 2ème RPIMA et marche de 30 KM en montagne vers le centre de l’île. 30 KM de montagne avec l’équipement de combat, ce n’est déjà pas une promenade d’agrément, mais lorsqu’il faut en plus porter à dos d’homme un camarade qui s’est foulé la cheville, cela devient sérieux. L’EV1 Gicquel et ses hommes n’ont pas perdu leur temps depuis leur arrivée : ils sont même arrivés juste pour le bal Mousson, organisé par les 3 bâtiments dans un hôtel de Saint Denis, il à rassemblé 350 à 400 marins et autant d’invités extérieurs. Mêler l’espace d’une nuit civil et militaires, gradés et spécialistes, jerk, tango et séga, la danse de la Réunion, sur un fond de chants de grillons et de crapauds-buffles, de 21 heures à 3 heures du matin, le moral et l’entrain des troupes fut vigoureusement soutenu par un excellent orchestre local et celui du Duquesne dont c’était la sa première grande sortie.
Le lendemain, samedi, la vie à bord fut singulièrement ralentie...
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TELEX N° 20
S’il est vrai que partir c’est mourir un peu, nombreux sont ceux qui se souviendront de ces derniers 8 jours comme une semaine de deuil. Elle fut en effet celle des départs : celui du CA Schweitzer et de son Etat Major qui nous ont quittés le 1er septembre pour rejoindre par avion le BC « La Charente » à Djibouti. Ce n’est pas sans un brin d’émotion que nous avons vu partir ceux qui, de passagers à l’origine, étaient devenus membres à part entière de la communauté du Duquesne. Une dernière fois, commandos de la garde, clairon, gabier, officier de garde et commandant se sont rassemblés en grande tenue pour saluer Alindien . Le lendemain fut rentré sa marque qui pendant deux mois a fait claquer ses étoiles au-dessus de nous. Ce fut ensuite le départ échelonné du Groupe Mousson lui-même : appareillage de la Garonne puis du Jauréguiberry le mardi 3 septembre, du Duquesne le 4, séparations émouvantes, les épouses, amis(es) et « petites fiancées » des marins étant venus en grand nombre assister aux appareillages, agiter les mains pour ce qui n’est qu’un au revoir. Et les T.Shirts, de couleurs vives, à l’emblème de chaque bâtiment que les marins avaient fait fleurir partout, en ville, à la plage et sur les routes du week-end étaient, pour beaucoup, passés sur de frêles et plus charmantes épaules. Heureusement, la Dieppoise, arrivée le même jour, était prête à nous remplacer... Nos premiers jours de mer, une mer aussi belle que bleue sous un chaud soleil qui nous change agréablement des nuages de la Réunion, ont été riches des désormais classiques contrôles, essais manœuvres et tirs divers : tir d’artillerie de 100 et 30 mm, tir au fusil pour le corps de débarquement, au pistolet pour tous les officiers et les gradés du corps deb., mise à l’eau du sonar remorqué, goniex, transfert de courrier et de charge légères. Aujourd’hui dimanche, il fait un temps magnifique, nous filons à 18 nœuds vers Djakarta et l’Asie du Sud-Est dont les promesses et les charmes font mieux accepter le départ de l’île Bourbon. Cet après-midi, se tiendra à la cafétéria, une exposition de collections diverses, maquettes, dessins, timbres, trains miniatures etc.… et l’orchestre du bord animera après 20 heures, cette soirée dominicale à la mer …
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TELEX N° 21
( copie de l’original du message de l’Amiral Schweitzer )
R 310630Z
FM ALINDIEN
TO DUQUESNE
BT
NON PORTEGE
NMR 002 NP 3108
TXT
A l'issue de deux mois que j’ai passés sur le Duquesne, j’exprime à tous mes remerciements pour la gentillesse et la bonne humeur avec lesquelles j’ai été accueilli et dont vous avez fait preuve dans toutes les charges supplémentaires qu’entraîne la présence d’un Etat Major – mes pensées vont particulièrement dans ce domaine au personnel des Transmissions –
Mon souvenir et mes vœux les plus affectueux vous accompagneront dans vos traversées et vos escales à venir.
Signé : Contre-Amiral SCHWEITZER
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